DEMANTELEMENT D’EDF : LE PROJET DE MACRON QUI MENACE LA SOUVERAINETE FRANCAISE

Vous trouverez ci-dessous une tribune cosignée par Jacques CATTIN sur le projet de démantèlement d’EDF, parue le 9 décembre 2020 dans le magazine Valeurs actuelles.


Image d'illustration. Photo © CHAMUSSY/SIPAstration. Photo © CHAMUSSY/SIPA


Démantèlement d’EDF : le projet de Macron qui menace la souveraineté française

L’accord passé entre le gouvernement français et la Commission européenne, visant à réorganiser en profondeur le groupe public et leader de l'énergie en France, ne relève pas d’une vision industrielle, mais d’une logique financière, déplore le député LR Julien Aubert dans une tribune, cosignée par une trentaine de parlementaires.

Le projet Hercule visant à réorganiser EDF en trois entités fait peser sur la souveraineté française un risque inacceptable. Certes, l’accord entre le gouvernement français et la Commission européenne est une grande avancée avec une augmentation du tarif de rachat de l’électricité nucléaire aux concurrents d’EDF (ARENH) qui améliorera la situation d’EDF. Néanmoins, corriger une absurdité liée au dogme de la concurrence n’autorise pas à commettre une énormité au nom de la même idéologie !

Rappelons que le prix à payer pour ce rééquilibrage de l’ARENH serait la scission d’EDF. Le nucléaire français serait logé dans une société dite « Bleue » 100% publique, les activités concurrentielles (comme les énergies renouvelables) feraient partie d’une société « Verte », dont un tiers du capital serait mis en bourse. Le projet a évolué car désormais, l’arc en ciel s’est renforcé d’une troisième couleur avec « Azur », pour l’hydroélectricité, qui serait une filiale de « Bleue ».

Le gouvernement semble considérer que le démembrement serait une solution intelligente. Il ne répond pas à la question fondamentale : pourquoi devrait-on séparer le nucléaire des autres énergies ? N’est-ce pas l’inverse qui a été affirmé pendant des années en louant la complémentarité des énergies ? La rente nucléaire n’a-t-elle pas servi à alimenter pendant des années le subventionnement des énergies renouvelables ?

Avoir un acteur unique qui a la main sur le pilotable et l’intermittence est une chance pour bien coordonner la production. Le fait même que le meccano EDF n’ait cessé de bouger - tantôt deux entités, tantôt trois - démontre qu’il ne procède pas d’une vision industrielle, mais d’une pure logique financière. L’objectif est bel et bien de privatiser le Vert et mettre en concurrence l’Azur.

Dans EDF « Vert » seront en effet logées les sociétés dont le modèle économique gère des contrats à long terme : EDF renouvelable avec les contrats de rachat à 20 ans, Dalkia avec la gestion des réseaux de chaleur à 20 ans, et plus incongrue la présence d’ENEDIS, activité régulée et non concurrentielle qui gère les concessions de longue durée du réseau de distribution publique entre les collectivités locales propriétaires du réseau et ENEDIS.

Ces trois activités, débarrassées de la présence de l’État, deviendront très attractives pour les marchés financiers ! Sans parler d’EDF commerce qui sera soumis aux mêmes règles que ses concurrents car 100% de l’ARENH seront mis sur le marché. Privatiser ENEDIS c’est le couper de RTE pour lequel il existe une logique de complémentarité industrielle. Cela remettrait en question surtout la péréquation tarifaire, le service public et les tarifs régulés.

Mais l’aspect le plus dangereux de ce projet est la filialisation des barrages hydroélectriques, qui sont le coussin d’amortissement du système électrique en cas de blackout. Le rêve ininterrompu de la Commission est de les mettre en concurrence. Cela frise l’obsession. Cette société Azur ne sera pas reconnue comme un service d’intérêt général, encore moins comme une quasi-régie, solution qui serait pourtant préférable pour protéger de la mise en concurrence nos deux cent concessions, qui vont alors être mises à la découpe.

C’est avec la même idéologie qu’on a inventé l’ARENH, dispositif imaginé pour introduire de la concurrence sur le marché électrique. Ce « machin » complètement illogique et byzantin, n’a pas permis en quinze ans l’émergence de véritables producteurs alternatifs, mais plutôt des revendeurs qui se sont servis chez EDF quand les prix de gros étaient hauts mais qui sont parvenus à s’exonérer de leur devoir de rachat lorsqu’ils étaient plus bas.

Le cocktail émergence de producteurs verts et concurrence a abouti à une hausse des prix de l’électricité. Les contribuables et les consommateurs français ont été les grands perdants de ce big-bang. Comme pour d’autres pépites françaises, sacrifiées au nom d’intérêts financiers privés, EDF s’apprête à être la nouvelle victime du Macronisme. Nous nous y opposerons résolument.

Dans la mythologie grecque, Hercule était un demi-dieu célèbre pour sa force et son courage. Dans l’énergie, le projet éponyme d’EDF sera au contraire synonyme d’affaiblissement du service public et de démantèlement de l’entreprise publique. Il aurait mieux valu l’appeler Projet Achille.


Liste des cosignataires :

- Emmanuelle ANTHOINE, député de la Drôme

- Jérôme BASCHER, sénateur de l'Oise

- Thibault BAZIN, député de Meurthe-et-Moselle

- Jean-Yves BONY, député du Cantal

- Jean-Luc BOURGEAUX, député d'Ille-et-Vilaine

- Valérie BOYER, sénateur des Bouches-du-Rhône

- Fabrice BRUN, député de l'Ardèche

- Jacques CATTIN, député du Haut-Rhin

- Dino CINIERI, député de la Loire

- Pierre CORDIER, député des Ardennes

- Marc-Philippe DAUBRESSE, sénateur du Nord

- Olivier DASSAULT, député de l'Oise

- Bernard DEFLESSELLES, député des Bouches-du-Rhône

- Vincent DESCOEUR, député du Cantal

- Françoise DUMONT, sénateur du Var

- Bernard FOURNIER, sénateur de la Loire

- Philippe GOSSELIN, député de la Manche

- Michel HERBILLON, député du Val-de-Marne

- Charles DE LA VERPILLIERE, député de l'Ain

- Olivier MARLEIX, député d'Eure-et-Loir

- Sébastien MEURANT, sénateur du Val-d'Oise

- Louis-Jean DE NICOLAY, sénateur de la Sarthe

- Bérengère POLETTI, député des Ardennes

- Didier QUENTIN, député de la Charente-maritime

- Isabelle RAIMOND-PAVERO, sénateur d'Indre-et-Loire

- Julien RAVIER, député des Bouches-du-Rhône

- Michel SAVIN, sénateur de l'Isère

- Raphaël SCHELLENBERGER, député du Haut-Rhin

- Jean-Marie SERMIER, député du Jura

- Jean-Louis THIERIOT, député de Seine-et-Marne

- Michel VIALAY, député des Yvelines

- Stéphane VIRY, député des Vosges



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